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La nuit sera calme

La nuit sera calme

      13 octobre 1806. La nuit sera calme. Sauf pour les sentinelles, noyées dans le brouillard. Surveiller toute une partie de la Grande Armée dans ces conditions relève de l’impossible. Heureusement, le plateau où se trouvent les soldats français est abrupte, et semble bien difficile à prendre d’assaut. Et c’est bien pour cela que les Prussiens n’ont pas jugé bon de le défendre. Dès demain, ils le regretteront amèrement.

 

      Les écharpes de brume s’enroulent lentement sur le plateau de Landgrafenberg. Tout autour, les forêts denses de conifères se devinent dans l’obscurité, masses sombres infranchissables. Par moment, on aperçoit en contre-bas des nuances fantomatiques de rouge, qui dansent dans la nuit. C’est une ville allemande en flammes, incendiée par les pillards, et qui sera attaquée demain. Mais le plus souvent, on ne distingue rien à quelques mètres.

      Les sentinelles s’interpellent régulièrement entre-elles. On échange les mots de passe en chuchotant. Il faut des nerfs solides pour conserver son calme dans cet univers cauchemardesque. Les soldats les moins aguerris se laissent facilement abuser par les bruits non identifiés, amplifiés par la nuit et le brouillard. De temps à autre, un coup de feu isolé signale l’angoisse d’une sentinelle le doigt crispé sur la détente, visant une cible imaginaire.

      Au cœur de la nuit, un bruit léger de sabots se fait soudainement entendre le long des bordures du plateau, à l’intérieur du camp français. Sans doute un officier courageux, qui vient parler à ses hommes, et ne craint pas leurs réactions imprévisibles. Le cris étouffé de « garde à vous ! » court le long de la ligne des sentinelles. Certaines, incrédules, n’abaissent leur canon qu’au dernier moment.

      Stupéfaits, les soldats de garde découvrent au dernier moment leur visiteur de marque. L’Empereur, en personne. Entouré de ses aides de camps horrifiés par cette ronde nocturne périlleuse, Napoléon salue chaque homme, prodigue quelques mots réconfortants.

      Il n’y a pas à s’inquiéter. L’ennemi est totalement désorienté. Il n’y aura pas d’alertes. La nuit sera calme. Demain, une grande bataille va se dérouler, contre le gros de l’armée prussienne. La journée sera glorieuse.

      Le monde entier connaîtra bientôt le nom de cette ville qui n’en finit plus de brûler dans les ténèbres.

       Demain, nous prendrons Iéna. 

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