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Malheur aux vaincus

Malheur aux vaincus

     7 mars 1799. Bonaparte tourne en rond comme lion en cage. Des maisons de Jaffa montent des cris lugubres. La ville paie le prix de sa résistance forcenée. Les aides-de-camp Croisier et Beauharnais détournent le regard, penauds. Bonaparte enrage, malgré la victoire. Comment peut-on espérer mener une campagne de cette façon ? Le pire reste à venir.

 

     Les coups de feu strient à chaque instant les rues de Jaffa. La ville est tombée depuis quelques heures, mais les soldats français passent leur exaspération sur les soldats turcs capturés, et aussi sur les civils. L’émissaire envoyé au tout début de la journée pour tenter d’obtenir la capitulation turque vient d’être retrouvé, décapité. De rage, on fusille sur le champ les officiers retrouvés à proximité du crime. Bonaparte observe. Il ne dit rien, pour l’instant.

     La campagne de Syrie semble constamment assombrie de mauvais augures. Déjà, au siège d’El-Arish, les soldats turcs ont montré leur détermination fanatique. Mais ce ne sont pas tellement les combats qui tourmentent les Français, mais plutôt les conditions de survie. Le soleil de Syrie écrase tout. La soif ne quitte jamais les soldats français. On manque de tout. Et le peu que l’on a est sans cesse pris d’assaut par les pillards. Et voici à présent les premiers cas de peste que les médecins signalent dans cette ville maudite de Jaffa. L’on se croirait en plein Moyen-Age.

     Le soleil est régulièrement masqué par des volutes noires de fumées. Les caissons d’artillerie turcs stockés dans la grande tour sautent sans rémission. A chaque explosion, Beauharnais et Croisier tressautent. Ils viennent d’annoncer quelques minutes plus tôt ce qu’ils pensaient être une bonne nouvelle. La capture des derniers 3 000 forcenés turcs qui tenaient encore dans Jaffa.

      Bonaparte, lui, est furieux de cette nouvelle inattendue. « Que diable m'ont-ils fait là ? Que veulent-ils que je fasse de tant de prisonniers ? ». Il a déjà tout le mal possible pour sauvegarder sa propre armée. Beauharnais tente de se justifier, mais le général français l’arrête d’un signe las. Il doit réfléchir.

      Au dehors, l’on aperçoit la longue cohorte des milliers de prisonniers turcs qui défilent, le regard fier, haineux. Croisier et Beauharnais ont promis de leur laisser la vie sauve en échange de la capitulation. Une absurdité, en dehors de toute logique.

      Que faire de tous ces hommes ? Il n’y a rien pour les maintenir prisonniers. Et les relâcher, c’est l’assurance de les retrouver sur le prochain champ de bataille.

      Une seule solution s’impose. La moins mauvaise qui soit. Sur le plan pratique du moins.

      Il faudra veiller à la justifier, pour l’Histoire.

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