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Moscou mon amour

Moscou mon amour

     Russie, 1812. Les longues colonnes sombres serpentent sur la neige immaculée. Plutôt que des soldats en retraite, ce sont surtout des hommes en déroute, perdus et épuisés. De temps à autre, un coup de feu signale la fin d’un malheureux, à bout de force. Dans cet univers blanc abandonné des dieux, il n’y rien d’autre à faire que mourir.

 

     Tous ces hommes reviennent de Moscou. Ils ont conquis la capitale des tsars. Ils ont surtout vu à quoi pouvait bien ressembler l’enfer. La gloire n’a rien à voir avec tout cela. D’ailleurs, que sont-ils donc venu faire ici, au bout du monde ? Seul l’Empereur le sait… Lors de chaque pause, les derniers canons sont mis en batterie tous azimuts. Quelques tirs de semonce suffisent à tenir à l’écart les Cosaques, qui rôdent tels des fantômes. Mais il fait tellement froid que même le métal se fend. De toute façon, les munitions sont presque épuisées.

     Les villages que l’on traverse ne méritent plus cette appellation. Ce sont des tas de décombres, parfois encore fumants, incendiés par les Russes. A peu près nul endroit n’offre de protection aux soldats français. Le sol gelé défie les pelles et les pioches. Les rares hameaux intacts sont défendus, il faut se battre pour s’en emparer. Les quelques bâtiments encore debouts sont vite submergés par une autre armée de misérables, qui se précipitent pour y trouver un abris précaire. Bien souvent, ils ne se relèvent jamais au matin.

      Dans ce peuple des ténèbres circule de temps à autre un gradé, sur l’un des derniers chevaux encore debout. Parfois, c’est tout un attelage qui se fraie un passage entre les ombres humaines. Des femmes russes se montrent aux fenêtres, inquiètes de la vengeance des poursuivants.

      Ce sont là les fruits de romances fugaces avec des officiers français à Moscou. Pour nombre d’entre eux, le bref séjour dans la capitale s’est concrétisé par la naissance d’un amour, irréel, flamboyant, dans cet autre bout du monde.

A présent, les amoureux épris ignorent tout de leur destin. S’ils survivent, peut-être vivront-ils heureux dans une autre capitale, Paris.

 Même dans la tourmente, le rêve n’est pas interdit.

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