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Nous vaincrons en enfer

Nous vaincrons en enfer

     26 décembre 1806. Jean Lannes tremble de fièvre. Le teint blafard, les yeux exorbités, le maréchal français semble enclin à s’effondrer à tout moment. Ses aides de camp ne cessent de le surveiller du coin de l’œil, prêt à bondir. L’hiver mauvais de Pologne pétrifie tout le monde, accable tous les grades, tue les chevaux. Et pourtant, Lannes s’élance lui-même à la tête de ses 20 000 hommes, pour toute une journée d’attaques contre les Russes. Ceux-là sont 50 000.

           

       Il semble impossible de se battre dans une pareille situation. Toutes les pires conditions météorologiques imaginables semblent s’être réunies devant la ville de Pultusk. Semblable à la France en été, la Pologne se transforme en cauchemar l’hiver, digne des noires créations de Dante. La neige et la pluie tombent sans discontinuer, alternées ou mêlées. Elles glacent jusqu’au os les corps les plus résistants. Une sensation inhumaine, qui fait tout oublier, même son métier de soldat. Il ne fait toutefois pas suffisamment froid pour geler le sol, qui n’est autre qu’un océan de boue. On ne compte plus les chevaux et les hommes disparus dans ce magma ignoble.

       Lannes est malade depuis une semaine. Il accable son état-major, qui lui parle de repos. Le maréchal demande la situation ennemie, les effectifs disponibles, l’état des munitions. Enfin, Bennigsen a été repéré entre Pultusk et Golomyn. Lannes a ordonné de forcer l’allure, quitte à laisser en chemin la majeure partie de l’artillerie et de la cavalerie. Et c’est bien ce qui s’est produit. Dans cet enfer sans nom, on avance au mieux de deux à trois kilomètres par jour.

        Lannes espère acculer l’ennemi sur la rivière Narew, et lui barrer la route de repli en s’emparant d’un pont stratégique. Il ne dispose que de quelques milliers d’hommes, face au positions retranchées de Bennigsen et de son artillerie. Ses aides de camp doivent l’aider à monter à cheval. Un suicide en règle, mais les conditions sont telles qu’il vaut mieux en finir au plus vite. Alors on se bat. On charge. La bataille dure toute la journée.

        De nombreux officiers français sont blessés. Lannes est lui-même légèrement touché en s’acharnant sur un point fortifié. Peu avant la tombée de la nuit, deux ultimes charges russes à la baïonnette sont sèchement repoussées. L’ennemi se retire par le pont resté intact.

        Lannes n’a pas réussi à détruire Bennigsen, mais il l’a mis en fuite avec deux fois moins d’hommes. L’armée russe est totalement désorganisée pour le restant de la campagne.

        Après ce nouvel exploit obtenu en enfer, les hommes de Lannes le considèrent comme un Dieu.

        Mais sous l’Empire, même les Dieux sont mortels. 

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