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Plus jamais ça

Plus jamais ça

       16 février 1807. Une semaine après Eylau. Plus jamais ça. Ne plus se livrer. Ne plus errer dans les tempêtes de neige, et risquer de tomber sur une batterie d’artillerie russe. Le sang français n’est pas intarissable. Napoléon a ordonné de ménager les hommes. Alors les généraux Campana et Ruffin laissent les Russes s’infiltrer dans les rues d’Ostrolenka. Ordre d’ouvrir le feu seulement dans le blanc des yeux.

 

       François Frédéric Campana observe par une petite lucarne l’un de ses homologues russes, un général s’avançant à la tête de ses hommes. D’origine italienne, Campana a suivit Napoléon partout. Toujours fidèle. Et il a été blessé partout, à Loano dans l’autre siècle, à Gênes avec Masséna, et la semaine dernière encore à Eylau. Il a du mal à tenir debout, mais son bras ne tremble pas. Encore quelques mètres. Campana retient sa respiration. Le geste est sûr, la visée nette.

       Le général russe s’effondre, tué sur le coup. Le tir de Campana est le signal du combat. Sa brigade et celle du général Ruffin, disséminées dans Ostrolenka, ouvrent le feu. De toutes les fenêtres brillent les mires des fusils. Les portes s’ouvrent pour laisser passer la bouche des canons, qui prennent en enfilade les rues. En quelques minutes, le sol de la petite ville polonaise est jonché de cadavres. Les Russes se replient dans le plus grand désordre. Le général Campana mène la charge de ses hommes pour les repousser.

       En fin de matinée, Ostrolenka est de nouveau totalement française. On a du mal à se frayer un passage dans les ruelles, engorgées de corps. Mais les Russes sont encore tout près, dans les faubourgs, abrités dans des fortifications. Le général Oudinot arrive en début d’après-midi. Comme à l’exercice, on installe l’artillerie, qui tient en respect l’ennemi. Manœuvres de flanquement, charges de cavalerie sur les arrières, tout le manuel du parfait combattant y passe. Campana est partout. Au soir de la bataille, les Russes se débandent.

       Le lendemain, Napoléon prend connaissance de l’évènement. Un triomphe. Une soixantaine de tués chez les Français, sans doute près de 1 500 chez les Russes, sans compter les blessés. Un triomphe. De quoi faire oublier Eylau. Presque.

        Napoléon ne dit rien. Aucune joie. De la peine plutôt, une immense peine, en parcourant le détail des morts. Pourquoi lui encore ?

        Campana est mort. 

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